En septembre 72 je rentre à Lakanal à Sceaux. Pour un an ? Pour trois mois mais je ne le sais pas encore. Interne. Relégué là dans l'attente d'une stabilisation parentale. Cela put être au Lycée Michelet à Vanves (complet), ce fut Lakanal. Là, ailleurs ....
Quelques jours, quelques semaines, quatre mois à peine.
Pas facile d’être d’emblée amène quand on ressort d’une année scolaire isolée à quelques milliers de km de là. Je traine alors mon mal-être. Je muris aussi. C'est l'âge idoine.
Moins de quatre mois, c'est un temps très court pour se rencontrer, se reconnaitre, s'apprécier.
C'est ensuite un temps très long, trop, pour maintenir l'ébauche des amitiés tentées l'espace de ces quelques instants. Dans ces croissements d'existences d'adolescents, ce ne sont pas les griefs ou l'indifférence qui séparent, c'est simplement la contrainte de l'éloignement physique. Son impossible maitrise. Il ne me reste de cela qu'une ou deux photos, des adresses recueillies dans l'espoir de ne pas perdre le fil, quelques courriers pour tenter de le préserver. Et puis le silence assourdissant de la vie.
Patrick Carlier, une bouffée d'amitié. Vitale. Une complicité fragile. Une forte attraction. Des gestes provocants. Pour se rebeller contre la bien pensance ? L'année d'après il ira à Chartres.
Georges Canavaggio dit "Raton", tout aussi présent. Déraciné lui aussi. Une mère généreuse, Lulu, Lucienne Pons, qui m'offrit l'accueil de son appartement mes week-ends de sortie, puis plus tard, mon point de chute d'escapades parisiennes. Et sa sœur Anne Marie Canavaggio. Séduisante.
Nicole Blanchard que la peur de la solitude me porta sans doute dans ses bras. Pas assez courageux pour renoncer à une tendresse passagère. Pas assez cynique pour bien vivre cette rencontre juvénile.
Dominique Delbecque, son amie.
Armelle Vidaillac était belle et me faisait rêver. C'est alors que j'étais terriblement platonique.
Chantal Perez, Inès Marti, Eric Monrouzeau dit "Gaspard", Philippe Chappe, Emmanuel Corret étaient suffissamment proches pour recevoir de leur nouvelle, dirctement ou par l'un d'entre eux. Avant de nous oublier à nos destinées distinctes.
Robert Fontaine semble être parti dès le début du trimestre pour un autre lycée, à Epinay.
J'ai bien noté vos adresses dans mon répertoire, nous avons échangé un courrier ou deux, et pourtant je peine à me souvenir de vous. Donc à me souvenir de moi.
Je me souviens de bribes d'une grève à l'internat. C'était le soir, à la cantine. Encore isolé, je fus surpris par l'injonction de cesser in petto de manger. Je n'avais rien vu venir. Je continuais à manger ma soupe. Seul assis parmi tous mes compagnons de table maintenant debout. Anti suiveur de foule, je suggérais à l'un des acteurs du mouvement qui m'apostrophait de s'asseoir en face de moi et de m'expliquer. Il du me convaincre.
Car si de la suite de cette grève je n'ai plus guère de mémoire. Je me souviens que je pris en main la communication. J'ignorais alors tout de la géographie politique des journaux. Je venais d'arriver en France. J'achetais tous les quotidiens d'actualité au marchand de presse d'à coté. Ce devait représenter un budget lourd pour mon argent de poche perso. Je téléphonais à chaque rédaction en les informant d'une grève de la faim de l'internat de Lakanal. Le lendemain, je ne retins que les deux quotidiens qui avaient relaté l'événement, et maintint leur informations à jour jusqu'au terme de notre action.
Comment en suis-je arrivé là je ne sais, mais c'est bel et bien moi qui me trouvait dans le bureau du proviseur pour négocier la fin de la grève. Outre les engagements de circonstance sur la qualité de la prestation servie (horaire, quantité, diversité, chaleur des plats) je me souviens surtout que nous avons obtenu d'ouvrir une buvette-croissanterie à l'intérieur du lycée. En effet, les internes ne pouvaient sortir de la journée et l'absence d'encas était déploré. J'en assumais aussitôt avec mes amis l'organisation, fastidieuse mais valorisante. Une petite salle nous fut allouée. Nous barrions la porte avec une table et nous vendions à prix quasi coutant, soda et croissanteries. Lesquels nous étaient apportés chaque matin par le boulanger du coin, ravi.
Je suis parti de Lakanal pour les vacances de Noël, sans même alors savoir avec certitude que je n'y reviendrais plus.
J'ai gardé quelques adresses, noté quelques anniversaires : Patrick (19 janvier 55), Eric (22 mai), Lulu (1 juin), Anne Marie (4 janvier).
1972 - septembre - Lycée Lakanal
1973 - janvier - Jean Giraudoux
Je rejoins Olivier au Lycée Jean Giraudoux à Bellac en janvier.
Jusqu'en juin.
Dans mes limbes, cette première demi-année scolaire se distingue de la suivante par la présence de mon frère, alors en terminale. Comment bien distinguer ce qui ressort d'une année l'autre ? Qui fut rencontrer là, qui fut croisé plus tard ?
Nous venions en voiture. D'abord avec la jeep WV rescapée du retour du Rwanda. Ensuite avec une NSU Printz bleue. Dans cette sous-préfecture où mai 68 avait peu marqué les us, l'émancipation de notre comportement, l'autonomie dont nous jouissions étaient remarquée. Nous vivions à quinze km de là, auréolés de cette liberté. Mon frère attirrant bien plus que moi la lumière, cheveux blonds, mi-longs, yeux bleu, poéte, et marchand bien au-dessu des étroites contingences quotidiennes de la scolarité... Mais je bénéficiais de ce premier réseau de relation, bien obligé de me trimbaler dans ces détours, puisqu'il assurait mon transport quotidien.
Pour ma part je traversais la première fois cette cour carrée à l'image de ma vie d'alors. L'air un peu perdu. Déraciné. Protégé par ma grande écharpe.
Je traînais le même ennui d'étude que les années passées. Je subissais le même sentiment de solitude. Je ne profitais pas de l'attention qu'éprouvais certain à mon égard tant cela me paraissait improbable. J'éprouvais plus directement le ressentiment de quelques autres eu égard à mon statut "d'autre". Autre style, autre pensée, autre histoire. Ostracisme classique. Et l'adolescence est une période où s'exprime encore plus durement la palette des sentimentse les plus abruptes. Je passais sans doute à coté de vrais relations, car à trop vouloir qu'elles soient "vrais" je ne savais pas être simple et prendre la vie au meilleur sa présence.
De cette période, j'ai conservé, ne serait-ce qu'en pointillé quelques relations fortes qui ont comptées et comptent toujours pour moi, tant pour ce qu'elles furent que ce qu'elles demeurent dans le simple fait de ce fil non-rompu.
Mon frère Olivier me presenta à ces amies. Martine Bodilis dont il était proche. Et sa soeur.
Catherine Bodilis était une fille formidable. Elle l'est toujours. Elle était en 1ère A. Cela ne nous a pas empéché de beaucoup nous voir. Artiste, cultivée, elle avait tout pour me plaire. Je n'ai pas su le vivre ou le dire, ou c'est elle ? Ou même le penser. De toute façon j'avais toujours au fond de moi un amour impossible qui rendait tous les autres impossibles. Il était vain d'y voir clair. Elle tenta un suicide. Son père m'en fit grief et mis un terme à nos échanges. Nous ne nous sommes pas complétement perdu de vue pour autant. Son amie Josiane ........ , sans doute en 1ère A aussi. Fut durant ces deux années très présente. Et dépressive aussi.
Maryse Desset était avec mon frère, en terminale. Sa douceur pétillante était de la même nature que celle de Dominique, mon amour impossible. Je l'avouais sans tricher et elle accepta, non sans risque, se transfert platonique. Notre échange épistolaire (des dizaines de pages par jour !) qui a capté tant de mon attention du fond de la classe n'est plus. Le lien ne s'est pas rompu, je la rencontre toujours. J'ai gardé toutes ses lettres. Je sais qu'elle n'a pas fait ce choix. Je ne les ai jamais relus. Mais je garde. Pour savoir que ça a été. Pour être sur d'avoir bien existé en ce temps là. Auprès d'elle son amie d'internat Gigi, Gisèle Roche. Et son autre amie, la belle et grande blonde Linda, Evelyne Veyret. Toutes parties étudier à Limoges l'année suivante. Et en filigramme, l'ombre de Bernard Mocoeur, son promis au service militaire, dont elle restait indeflexiblement fidèle.
Jane Rousseau venait d'ailleurs, de Mezière. Nous nous sommes rencontré à une soirée d'amis communs. Jane s'en souviens très précisement. Nous nous sommes beaucoup écris. Son humour et son élégance m'ont tiré vers le haut. Et je sais aujourd'hui combien j'ai du étriller et mettre à mal ses sentiments. Au moins n'ais je jamais menti, et ais-je toujours été heureux d'être son ami autant que cela soit demeuré compatible avec nos vies respectives. C'est sans doute Mireille Boos, qui m'a fait rencontrer Jane. Mais je crois qu'elle était en 1ère A. Ou est ce Véronique Michelet "Véro" (28 juin 55), également amie de Jane. Et de son frère Marc.
Catherine Pointud n'était pas du lycée. Elle vivait à Bellac. Elle était la fille de très proches amis. Depuis déjà plusieurs années. Donc mon amie. Mais nous avions alors d'autres centres d'intérêts que de conforter nos parents dans une harmonie héréditaire. On se voyait souvent, forcement, mais nous n'avions pas alors beaucoup de complicité à partager et nous n'avons pas vécu là les moments les plus riches de notre constante, quoique irrégulière relation.
Gérard Reix, plus proche compagnon (27 avril 55), mais je ne suis pas sur qu'il était en D, peut-être plutôt en A. Nous avons fait beaucoup de choses ensemble. Il était interne et j'étais encore externe. Et bien que ces deux mondes étaient très distincts, nous avons été complices très tôt. En commençant par prendre le leader-ship du mouvement lycéeen. Organisant seeting dans la cour, débats enfumés dans le foyer et manifs dans Bellac. Mon coup de crayon rendait affiches et banderolles plus vivantes. Je reproduisais avec bonheur les premiers dessin de Plantu, avec Debré et son entonnoir.
Et puis il y a tout ceux qui ont tant compté alors, qui comptent toujours dans ma mémoire mais que où temps a estompé le suivi du lien et l’occasion de nouvelles rencontres.
Odile Bonnet, fut d'emblée ma compagne de fond de classe. Par défaut ou par choix je m'assis auprès d'elle. C'est elle qui me l'a rappellé. Je l'ai revu. A mon grand désarroi je n'arrivais pas à me souvenir d'elle, de nous, et d'ailleurs de pratiquement tout le reste de la classe. Nous avions comme complicité de nous sentir marginaux et j'avais comme grand avantage, à ses yeux, d'être plutôt beau. Et comme ennui de ne pas être son style sur tout le reste. Un peu chiant, compliqué et plaintif. Soit. On vit dans le regard des autres et celui-ci n'est jamais unanimement en votre faveur. Visiblement on ne partageait pas le même jugement sur les gens qui nous entourraient et sur nos loisirs. Elle en "rallye". Moi dans les "manifs". On ne risquait pas beaucoup de se croiser ailleurs que dans le fond de cette classe où nous unissait notre cancritude. Je venais de Lakanal. "Lakanal", il parait que ce fut mon surnom quelque temps.
Il y avait aussi dans cette même 1ère D Jean Claude Parouty, boute en train avec lequel j'ai gardé contact quelque temps. Vincent Courtin, dans ma classe et assez proche d'Odile...
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Gérard, Josiane, Catherine, Véro et Mireille, nous étions souvent tous ensemble. Si ce n'était cette année là, avec certitude l'année suivante.
Et puis des rencontres improbables, dans quel virée où m'emmenait Gérard. Comme ce bal à Droux ou je rencontrais Martine, de Nantuat.
Montage poétique... Notre prof de français, Claude Poyo, animait cette activité qui devait se terminer par une representation en fin d'année. Je l'apréciais beaucoup. J'ai su plus tard que c'était réciproque. Olivier en était un acteur déterminant. Je m'integrais au spectacle. Je crois que je choisis et appris par coeur "Je voudrais pas crever" de Boris Vian. Je le sais toujours. Olivier récitait une oeuvre sur le fond musical de la "Symphonie du nouveau monde" de Dvorak. Que ne l'ais-je de fois entendu lors de ses répétitions ? Mais Olivier "claqua" la porte. sans doute des dissensions internes dont il est possible que je ne sois pas étranger. Probablement une forte divergence sur le thème fédérateur du montage. Avec des personnalités fortes et oppossées dont au moins les deux notres ! Les répétitions firent long feu. La representation finalement n'eut jamais lieu. Et je repris le flambeau, seul, l'année suivante.
Le mouvement contre la décision de Michel Debré, d'abroger les sursis pour le service militaire gagnait la France. Il n'était pas question de passer à coté. Fin mars, 200 000 lycéens manifestent durant une semaine, dont nous ! Première manifestation de lycéens dans Bellac, qui en avait jusqu'alors été toujours préservé, même en 68 !
A la fin de l'année on a passé le bac de français. A Bellac ? A Limoges ? Je n'en ai strictement aucun souvenir. Odile m'a dit l'avoir si brillamment réussi (meilleure note) qu'elle pu malgré ses résulats ausi muavais que les mines, se hisser en Terminale. Pour la redoubler in fine.
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Cette année là nous faisons aussi du cheval dans un club à Bellac, avec Olivier. Rebelles, contestataires, nous n'aurons pas notre brevet pour la seule et unique raison de ne pas avoir été dans une "tenue appropriée à l'examen"
1973 - Paques - Pont Alexandre III
Paques à Paris. Je suis monté en stop. Voir des "copains". Je dormais à droite à gauche. Notamment pour une nuit chez un ami de mes parents. Georges Crank. Il vivait en famille dans une péniche "La Madinina" bien placée en bord de seine. Juste en aval du Pont Alexandre III, rive droite.
Leur jeune fils tint à me faire la démonstration de son nouveau pistolet à air comprimé. Cadeau enviable jamais présent chez moi. Essais sous le pont Alexandre III. Tir à un mètre de distance sur une gaine de caoutchouc élastique. Ricoché.
Le choc fut brutal et instantané. Perception immédiate de ne plus avoir d’œil. Résonance du choc jusqu’au tréfonds de chacun de mes neurones. Pas de sang. Pas de liquide. Juste un énorme, incommensurable « micro choc ». Eblouissement et aveuglement. Noir lumineux.
Indicible douleur. D’emblée, dès les premières secondes, il m’avait fallut temporiser cette douleur. Etablir une "distance" entre la sensation physique de la douleur et la maîtrise de soi semble inversement proportionnel à la distance réelle qui sépare le point de douleur du siège de sa perception. Entre l'œil et le cerveau, il n'y a pas beaucoup de centimètres…
Folie envahissante. J'ai « découvert » qu'un des moyens les plus absurdement efficace de se soulager est d'amplifier soi-même sa douleur (je m'enfonçais le pouce sur mon œil quelques instants) car le soulagement qui suit est vraiment le seul que l'on puisse escompter. C'est ce qui s'appelle devenir fou et qui précède sans doute le suicide de certains animaux blessés.
J’ai fini par devenir plus sage. Respirer. Faire le vide (tenter). Se détacher.
Inconsciencence de sa mère qui néglige tout appel aux secours d'urgences, toute conduite à l'hopital. Coup et blessure. Non assistance à personne en danger. Je choisi le salut dans la fuite.
Je parti à la gare d'Austerlitz, pris le premier train pour Limoges, prévint précautionneusment ma mère qu'une blessure légère à mon œil nécessitait une consultation ophtalmique que je préférais faire auprès d’elle. Quatre heures de train en enfer. Borgne, une céphalée tétanisant ma tête, ko debout, je relativisais comme toujours en pensant aux agonisants des tranchées de 17... J'ai toujours considéré dans la vie qu'il y avait beaucoup plus malheureux que moi.
"Légère" blessure en effet. L'oeil n'était pas crevé. Le plomb s'était écrasé dans la paupière judicieusement fermée à cette fraction de seconde là.
"Juste" une fracture de la cornée, une hémorragie interne, une rupture de quelques ligaments suspensifs du cristallin, un traumatisme du fond de l'oeil et un début de décollement de rétine.
Juste de quoi me dire que j'avais le droit d'avoir eu mal.
Je suis resté sans vision de cet oeil pendant plus d'un mois.
Je n'ai jamais revu ces gens...
1973 - septembre - Jean Giraudoux
Je redouble ma première D à Jean Giraudoux de septembre 73 à mars 74.
Mon frère et nos amis communs de Terminale sont partis. Mes anciens compagnons sont en terminale. Je suis ancien dans mon bahut mais nouveau dans ma classe
Opportunément, j'ai retrouvé la liste de cette nouvelle première D :
Jean Michel Ardellier (8 juillet 55) ou Ardillier, fils du pharmacien de Chateau.
Françoise Ardillier, soeur du précédent
Francis Augris (2 mars 56), interne ?
Frédérique Barre
Alain Bachelerie (16 juin 55)
Marie France Benoiton
Danielle Bernard
Sylviane Boyer
Vincent Courtin
Daniel Cugy (12 juillet 56) de Bessines ?
Philippe Hilaire (14 août 57)
Jean Lavalade
Agnès Lavalette (24 février 56), fille du pharmacien de Bellac ?
Eliane Mourgaud (6 novembre 56)
Didier Ouvrard (28 avril 55) de Bessines aussi ,
Laurent Pasteur (19 septembre 56)
Gérard Peyrat, grand bolnd
Joëlle Pingaud (14 décembre 56), aujourd'hui à l'Hopital de Limoges (2005) ?
Catherine Pons
Patrice Puissesseau (25 septembre 57)
Joëlle Risffaud
Marcel Ustaze (27 août 57)
Emmanuel Veyriras (24 mai 56) fils du Médecin de Rancon ou Chateauponsac ,
Martine Verinaud
Francis, Frédérique, Alain, Philippe, Eliane, Didier, Gérard, Joëlle (R) étaient parmi ceux que j'appréciais le plus. C'est du moins ainsi qu'ils furent alors soulignés. Heureuse précision qui pallie à ma mémoire. Sans doute aussi suis-je passé à coté d'autres êtres remarquables sans le savoir, sans le comprendre.
Mais j'ai retrouvé dans cet agenda 74 bien d'autres choses encore...
Pour regagner mon village le week-end, j'avais eu droit à une magnifique "Motobecane". Je me souviens de ces matins d'hiver où j'arrivais au premier cours du lundi, celui des maths, et où je m'installais tel une image éternelle du cancre, au fond prés du radiateur. Près ? Collé au radiateur. Arrivant au dernier moment, voire souvent en retard, j'étais dans l'impossibilité de parler ou d'écrire, visage et mains paralysées par le froid. Notre professeur avait du céder à cette manifestation d'impuissance, et ce premier cours de la semaine se déroulait doucement comme un chat qui s'étire lentement quand revient le soleil.
Montage poétique... Je participais bien sur à l'élaboration de ce nouveau montage poétique. Je ne suis plus certain qu'il était directement animé par notre prof de français ou par un quelconque prof. Je crois que nous l'avions pris en main de façon plus autonome, lui donnant alors une orientation plus radicale. Je suivais les répétitions du mardi et du jeudi soir avec assiduité. J'en interprétais un morceau essentiel. Un poème de Gueo Milev : "Septembre". 648 vers que je déclamais de mémoire. J'exprimais sans réserve la rage de l'auteur, le désespoir des martyrs, la souffrance du peuple.
Les trois premiers vers démarrais dans les ténébres
"Dans ses sombres entrailles, la nuit enfante / la haine du serf, séculaire, effrayante, / une colère empourprée"
Les trois derniers s'envolaient vers la lumière :
"La vie de l'homme prendra un essor infini / - ascension, ascension ! / La terre sera un paradis - / oui, elle le sera !"
C'était épique.
En occupant un tel espace, j’avais contraint les autres à adapter leur choix à cette œuvre inclassable. Pas facile. D'autant que l'aisance apparente de mon expression tétanisait les autres interprètes. Je proposais Vian (Le déserteur), Eugène Potiers (L'internationale), Dominique Grange, ... Catherine Bodilis ne participait mais venait m'encourager. J'appréciais ce soutien. Mireille fini par nous quitter, trop malmené sans doute par mon exigence égoïste.Je parti du lycée fin mars. Arriver après le début, partir avant la fin, voilà bien ce qui a caractérisé, par contrainte devenue nature, tant d'actions de mon existence.
Gueo Milev... Ce livre m'accompagnait depuis deux ans. Il m'avait été offert en 71, à Butaré, par une professeur bulgare. Il m'avait ouvert à la poésie des révoltés. A Maïakovski, à Charles Nokan et à tant d'autres. Mais je lisais avec autant de passion "Je voudrais pas crever" de Boris Vian. (Je voudrais pas crever / Non monsieur non madame /Avant d'avoir tâté / Le goût qui me tourmente / Le goût qu'est le plus fort / Je voudrais pas crever / Avant d'avoir goûté / La saveur de la mort...) Ou "La voix sans nom" de Marcel Béalu. Ce dernier m'avait dédicacé cet ouvrage lors d'un passage à Paris, avec Gil, dans sa librairie de la rue Saint Severin. Et c'était là, juste pour moi, une invite à écrire de même. ( Je suis une voix sans nom / Qui a faim peur et froid et se met à crier / Je suis la voix qui est au fond de tous les hommes / Qui veut crier et qui ne sait pas même crier ).
Club Nature Jeunesse... Avec le soutien du professeur Videaux, je tentais de remettre sur pied cette association en sommeil. J'adorais ce prof. J'adorais sa matière, les sciences naturelles, la biologie. Je voulais toujours être médecin.
Je lisais la "Guérilla du Che" de Régis Debré.
Jeu de Go... Fin janvier je suis allé voir Gil et Henry à Paris. Ils m’ont offert mon jeu de GO. Je l'ai toujours. Je me suis toujours senti tripalement en symbiose avec ce jeu. Je l'ai toujours. Et si j'y joue très rarement (ne jamais rien faire régulièrement, ne jamais approfondir une connaissance jusqu'a sa maitrise, me caractérisent), j'ai toujours autant de plaisir à poser mes pions au faux hasard du goban comme j'ai toujours posé les miens sur l'échiquier de ma vie. Un peu partout, aux quatre coins, sans en définir l'utilité future. Puis constater la richesse des connexions induites. Ou la fragilité mortelle d'options mal suivies.
En février, nous avons trouvé une chambre en ville, Gérard et moi, 23 rue Vergnaud. Cinquante francs par moi, non chauffée, un robinet d'eau froide et les toilettes au rez-de-jardin, au fond. La liberté. J'ai pu quitter l'internat. Cette chambre est vite devenue le lieu de rencontres privilégié du groupe d'amis que nous étions. Catherine et Martine étaient là souvent, Gérard (P), "le gros", Eliane. Dominique est venue une fois, désespoir ou délivrance, c'était enfin la fin... Josiane, Mireille, Véronique, Nicole, Françoise, Christian aussi.
Avec Patrick, Catherine, Martine et Eliane, puis Gérard et Maurice, nous sommes allés au concert des Who à Poitiers. Ce doit être un des rares concerts de pop auquel j'ai assisté à cette époque. Je n'accrochais guère à cette musique et j'ai trouvé le concert très "commercial". J'aimais les mélodies du jazz, les chansons à thèmes et je ne comprenais rien à l'anglais.
Comme le tout jeune Maxime Le Forestier, vu alors en spectacle à Limoges...
Dans les rues de Bellac, nous cherchions un soir désespérément Catherine. J'avais passé la journée avec elle. Elle m'avait quitté voulant mourir. Nous l'avons retrouvé les poignets en sang dans le petit parc au dessus du lycée. Avertir ses parents, subir leur vindicte d'adultes fut une épreuve. Voir Catherine éloignée à Paris avec l'interdiction de me voir, une condamnation sans appel ni jugement.Surjouant mon cynisme, j'évoquais lors de notre soirée quasi mortuaire après le départ de Catherine, l'absence de risque létal d'une coupure de rasoir au poignet. "Les tendons gênent l'entaille, le sang coagule tout de suite. L'acte est vain si c'est vraiment la mort que l'on recherche. A tout prendre il est plus efficace d'entamer le bras plus haut, voir dans le pli du coude. La chair y est tendre, l'entaille plus profonde. Et le faire dans sa baignoire pour que le sang s'écoule continument. "Josiane écoutait. Quatre semaines plus tard, elle mettait ce "conseil" en pratique. Fort heureusement son cri de panique devant le jaillissement du sang alerta ses parents....
Tut's. C'était le signal de l'arrivée du surveillant général. Le clapet de la langue sur le palais pour prévenir de sa présence. Il effrayait (presque) tout le monde. Il sanctionnait sans ménagement et j'ai passé plus de mercredi et samedi en colle cette année que tout autre activité."Vous n'êtes qu'un petit con et vous le resterez toute votre vie", me dit-il un jour. Il perdait vite son sang froid et je gardais le mien. L'œil crane comme "Dany" en 68 devant les CRS. Son bureau, c'était mon Gay Lussac à moi. Il s'appelait Lavigne, nous le nommions Toto.
C'était encore une époque où ce type d'homme pouvait gifler un élève. Je tentais de provoquer une insurection à la suite d'un tel incident. Les professeurs soutinrent ma demarche. Las, la victime préferait une bonne baffe à quatre heures de colle. On me pria de m'occuper de mes seules affaires. D'autant que le Toto su très bien m'isoler à son sujet. Un jour de colère entre nous, il distribua au moindre sourire inaproprié des heures de colle. Vingt élèves furent atteints. en vingt minutes. Sauf moi. Et tout le monde su que j'étais la première cause de sa rage. Vingt personnes qui m'en voulurent à moi plus qu'à lui d'avoir réveillé le chat qui dort. Et l'ensemble du lyéce habilement retourné contre moi !
Début mars, les manifestations étudiantes et lycéennes annuelles reprennent. Cette année contre la loi Fontanet. Je fus contacté très secrétement par un militant de l'OCR, ancien du lycée où il connu des déboires en 68/69 : Angel Pedro Ranz. Ce ne fut guère probant sans doute. On organisa notre petite action en autonome. Grève. Affiches.
Ce 2 avril, nous regardions la télé avec Gil. Un film. Je ne sais plus lequel. Soudainement interrompu par un flash d'information exceptionnel. "Pompidou est mort !" nous sommes-nous écriés simultanément. Et nous avons éclaté de rire. La politique est terrible et ne rend guère charitable. Et Josiane vient de manquer son suicide. Henry, nommé en Uruguay vient de partir.
Et je quitte soudainement le lycée de Bellac pour rejoindre Paris.
Gérard m'écrit. Il me donne des nouvelles de Catherine, de Vero, de Mireille qui m'écriveant aussi par ailleurs. Et de Josiane. Ils tombent amoureux l'un de l'autre. Et ce changement compromet le voyage que nous comptions faire en Angleterre au mois d'Août.
1974 - février - Escapade à Aix
Olivier et Jérôme vivaient à Aix. J'allais les voir. J'y retrouvais Marie Paul et Patrick Raby qui y passait régulièrement. J'y rencontrais pour la première fois Jean Paul Amann et Myriam Ckiais qui vivaient ensemble dans l'ancienne chambre de Marie
Olivier vivait dans une minuscule chambre. Un placard à balai dans une demeure prestigieuse. Un escalier immense aux amples arondis. Un palier d'opéra. Une grand double porte à gauche, son pendant à droite. Au milieu, confondue dans les boiseries, une porte. Et derrierre cette porte, un mètre de profondeur qui donnait sur un grand occulus. Comme le lit ne pouvait pas rentrer, une partie de celui-ci avait été placé, à travers la cloison séparant du palier, dans un fausse commode qui y tronait !
Jérôme était interne au Lycée Vauvenargues. Sa priorité fut que je vienne le chercher à la sortie dès le samedi de mon arrivée. Cela faisait des mois qu'il menaçait des represailles de son grand frère les importuns qui lui cherchaient querelles. J'avais grandi. Et ma corpulence était devenue plus impressionnante que celle de mon propre frère ainé.
Marie, je l'avais rencontré à La Courcelle, venue voir Olivier durant l'été 73. Ils s'étaient découverts au lycée de Brignoles en juin 72. Après une année d'étude à Aix, elle choisit de migrer à Lyon. Pour rendre le présent plus clair. Et revenait régulièrement. Je la reverrais plus encore l'année suivante. Et dit Charlie, déjà croisé à Villard, de passage.
Patrick, je l'avais croisé à Villard. Comme nous étions tous les deux en "goguette", nous sommes retsé plus ensemble et je l'ai mieux connu. Sa bohème déchirée me fascinait. J'étais content d'y puiser quelques ouvertures vers d'autres espaces.
Jean Paul, je le revis souvent et le vois encore. Pas assez. C'est sans doute celui de toute mes relations que je considère avec le plus de respect dans le domaine de la pensée philosphique. Une écoute surprenante. Une capacité à rendre intelligible la moinde de vos confusions de pensées comme si vous en étiez vous-mêmes l'auteur. Je découvrirais plus tard sa mère et son frère auxquels je resterais également très attachés.
Myriam, une blonde débordante de gentillesse. Nous sommes revus. L'année suivante et plus tard aussi. En heureux pointillé. mais elle a totalement disparu. Introuvable. Où peut-elle être cachée ? Est elle épanouie ? Je le souhaite.
Et ce sang qui s’écoule dans mes veines
aux rythmes de ton cœur
ce sang-fleuve
dont l’ivre vague éclate en rire
pour peuplastrer la mer d’étoiles
ce sang – joies et douleur –
est-ce mon sang ?
Fusion d’âmes
qui suis-je nous qui sommes toi
moi qui peut être je ?
Torrents précipités dans l’écume des nuits
fracas
rire
douleur
joie
plaintes
... lancinance vive
- Délires -
avidité d’une lune soleil
boulevard sans fin d’une naissance de mer béton
irradiée d’eau lactescente
imagination lumière
découverte flou du H de la vie
Passion
un cœur n’influe ni le sable ni le vent
la fluidité nous sépare... est celle qui nous rapproche
L’attente des yeux n’a de limite que l’imagination
avide de lumière ceux qui t’ont vue
n’osent dénivrer
... ont déjà dépassé les murs, les rues ...
je marche seul, là ... si loin
Et le sourire que je t’esquisse
n’est pas pour satisfaire
la satisfaction
des passants satisfaits de leurs satisfactions
mais oublier les mots impurs
pour que ms lèvres gardent
la volupté de ton empreinte
la fraicheur de ta bouche et son brasier de lave
pour un souvenir espoir
futur du passé.
Attendant ... ... toi.
J'y reviendrais en 75, mais ne le savais pas encore !
1974 - avril - Lycée Arago
Mon coussin Gilles me présente aussitôt son ami Rémi Abecassis, dans la classe duquel je suis placé. Heureuse rencontre qui me permet une intégration immédiate. Je m'acoquine avec Pierre François Erard, Jean François Chuc dit "Scmuk", Jimmy Bergeal (hélas partie en roue libre sur les chemins escarpés de la drogue et assassiné en 76). Je côtoie Christian Gélise (devenu instituteur), Marie-Pierre Primault, Françoise Pirat. On mange aux « resto U » plutôt qu'à la cantine. Je rencontre Sylvie Buchalet (3 décembre 1957), à quelques centaines de mètres de là, au Lycée Boucher. J'en tombe amoureux.
Rue des Lyonnais. J'y vis parfois seul. Ces moments d'autonomies profitent à mon entourage. Mes nouveaux amis parisiens. Ceux de Bellac, Jane, Catherine, Gérard, Josiane, Claude, qui viennent me voir. Ou d'ailleurs, comme Dominique... J'y rencontre aussi Claire et Penny, mes voisines anglaises. Je revois Patrick, Georges, Anne Marie et Lulu avec qui je correspond depuis Lakanal. Inès aussi.
Rue des Lyonnais en face, au 24, il y avait un coordonnier. Nous nous liames d'amitié. J'étais et je suis toujours façiunné par le travail manuel des artisans. Je l'observais inlassabelemnt redonner vie aux épaves qui lui étaient remises et ressortaient de ces grossses mains calleuses, toute neuves, propres et soyeuses. Il avait un bracelet de force au poignet. il m'en fit un qu'il m'offrit. Je l'ai toujours. Je crois qu'il s'appelait Henri (?) Ducousso. Nous discutions politique et monde à refaire.
Maths. Seule fois de ma vie où je devins "bon" en cours. Notre prof a inversé l'ordre du programme, et reprend ce que j'ai déjà vue au premier trimestre et l'année précédente. je me ballade. J'obtiens des 18 qui font croire à chacun que j'ai enfin décider à travailler. C'est néanmoins grâce à ce concours de circonstance que je réussirais mon bac l'année suivante.
Paradis artificiels. Je bois. Je fume des gauloises sans filtre. Je découvre les volutes de l'herbe. Un jour je pars sur une autre planète avec un buvard de LSD. Merveilleux et désespérant. Je décide de ne plus jamais cheminer ma vie sur ces chemins trop déstabilisant pour être honnêtes. De fait, je n'ai plus jamais pris aucun stupéfiant depuis ce jour du 14 juin.
Je m'inscris au PS, tendance Cérès. Pour voir, sans contact préalable. J'y reste le temps d'une réunion. Je m'intéresse à Mao, déjà. Gérard m'entraine vers l'AJS et l'OCI dont il se sent plus proche. J'assiste, impuissant aux élections présidentielles des 5 et 19 mai.
1974 - aout - Ecosse
Rapide tour de l'île en août et en stop.
Au début de l'année, nous avions échafaudé une grande virée en Angleterre avec Gérard. A la fois l'occasion de partager une aventure et d'améliorer notre anglais. Mon départ de Bellac, le souhait de Gérard de partager plutôt son été avec Josiane, cette virée à deux n'était plus possible. Seul, je n'ai pas pour autant renoncé. Il me fallait aussi des sous. J'ai travaillé.
En avril, je suis plongeur à la cantine d'entreprise de l'Unesco. Rue Miollis. Travail au noir, paradoxe d'une institution aux nobles desseins. Les plateaux sales qui rentrent par le petit guichet, le tri, les machines. L'odeur chaude, vaporisée, de l'eau de vaisselle. Le récurage des casseroles en fin de service, celui des friteuses, indécrassables. J'aimais bien ce travail. Simple. Mes collègues sont adorables et attentionnées. Maternelles. Elles soustraient les meilleurs desserts au début du service pour m'en garantir l'octroi. Ce qu'elles n'oseraient jamais faire pour elles-mêmes. J'ai conservé vos adresses, Pierrette Offret et Lucie Bazouge, mais vous ais-je jamais écrit ?
Fin juin, je suis homme à tout faire à l'Hôtel du Parc Royal (4°). Une ambiance beaucoup plus dure. Une direction sèche et jamais satisfaite du travail des deux trois employés que nous sommes. Le ménage des chambres est difficile. Elles vieillissent mal. Les courses du matin au monoprix pour la cuisine du midi jamais parfaite. Il y avait toujours un produit qui n'était pas conforme. Le service à table au moins m'offrait les sourires des clients. Je prends des initiatives et casse une lampe. Très sale et qui méritait plus d'attention. On ne m'avait rien demandé. La matrone, Bertie Cortes, me vire comme un employé au noir.
En août je pars. J’avais pris quelques notes dans mon agenda sans lesquelles jamais je n’aurais pu retracer, même en pointillé, ce voyage.
- Vendredi 2. Départ 10am. Rencontre Antoine et Claude. Claude Guion, elle se rendait à Edgware (Middx). Pas dormi sur le bateau.
- Samedi 3. Arrivée à Londres 9am. Contact avec Claire. Ma voisine de la rue des Lyonnais. Elle m’offrit son hospitalité et celle de ses copines sur mon trajet. Sans les en informer ce qui n’entraina pas toujours un accueil spontané et chaleureux ! Pub.
- Dimanche 4. Rencontre Christine. Sheet.
- Lundi 5. Visite de Londres en bateau. Achat couteau. Repas dégueulasse. Lettre à Henry.
- Mardi 6. Départ de Londres par le Coach de 13h10 pour Cambridge. Auberge de jeunesse. Manger des nouilles dégueulasses.
- Mercredi 7. Départ en stop à 10h. Camionneur puis voiture. Pub puis marché à pied jusqu'à Chesterfield. Anna, son frère. Bu deux litres de bières.
- Jeudi 8. Malade, rhume, fièvre, fatigue.
- Vendredi 9. 8h30, Anna m'a conduit jusqu'à la route. Stop. Arrivée à 3h chez Jennifer. Pas sympa.
- Samedi 10. Parti à pied à 9h (en stop ou en train ?) pour l’Ecosse. Arrivé à Perth à 18h. "Jo" n'est pas là. Auberge de jeunesse. Rencontré deux françaises, Sylvie et F...
- Dimanche 11. Départ. Coincé longtemps sans prise en charge. Canadien. Visite du château. Auberge pleine. Bed & breakfeast. Bar. Whisky.
- Lundi 12. Aberdeen. Plage. Summeerhil.
- Mardi 13. Départ d'Aberdeen. Arrivée Inverness 2pm. Promenade au bord de la rivière.
Mercredi 14. Départ d’Inverness difficile. Une voiture rapide. Des Belges. Puis un car. De la pluie. - Jeudi 15. Départ de Strathpeffer où je suis resté coincé. Attente infinie de 9h à 14h ! Désespérant. Marche à pied. Heureuse prise en charge par un couple de Suédois qui m’amènent jusqu’à Craig sur la côte. Auberge de jeunesse dans les landes après une heure de marche dans un crépuscule masquant le chemin douanier.
Josefsson Framnäs et Birgitta Malmstensgat vivaient à Värnamo. Ils ont été un magnifique rayon de soleil dans cette écosse humide et froide. - Vendredi 16. Exfiltration avec les Suédois. Voyage toute la journée jusqu’à Glencoe. Hôtel.
- Samedi 17. Toujours avec les suédois, jusqu’à Carlisle. Puis stop. Pris en charge par un homme qui insistera beaucoup pour tenter de me convaincre d’une aventure sexuelle avec lui. Arrivée chez Jennifer à 6h.
- Dimanche 18. Repas très british chez les Robinson. Match de criquet. Pub.
- Lundi 19. Arrivée à Londres à 1h. départ en train pour Paris le soir.
- Mardi 20. Arrivée Paris.
- Mercredi 21. Paris – La Souterraine en train.
Je me souviens des boites de fromage en conserve, Kraft, que j'achetais. La densité de cet aliment me permetais de me nourrir et me caler toute une journée.
1975 - janvier - Lycée Mignet
Je suis arrivé au Lycée Mignet le 6 janvier.
Je vivais dans une grande pièce avec mon frère, étudiant à la fac, au 7 rue de la Couronne. Nous étions à quelques pas du cours Mirabeau. J'avais avec moi mon chien. Jeff.
Je fréquentais essentiellement les amis de mon frère. Mais il contracta une hépatite virale qui provoqua son hospitalisation et donc son départ le 10 février. Je restais seul jusqu'au 7 avril.
Je lu "Principes élementaires de philosophie" comme une révélation.
Je m'interessais à tout ce qui bougeait dans le tiers monde. J'étais aussi interessé par la conférence de René Dumont sur le Bangladesh que sur les mouvement pro-chinois.
J'adhérais à Amnesty International puis à l'AAFC. Surmontant les contradictions. René Zara pris soin de ma formation politique. Il travaillait au lycée Vauvenargues et était très present dans le suivi des mouvements lycéens.
Je dévorais les essais et livres scientifiques comme : "La double hélice" de Watson et Crick, "La logique du vivant" de Jacob, "Le hasard et la nécessité" de Monod, mais aussi "Atome de A à Z", le "Guide des Médicaments", "Les origines de la vie", "La biologie cellulaire", "La physique de l'acupuncture", ....
Du lycée je n'en ai guère de souvenir. Je surfais sur le mouvement lycéen toujours en révolte contre la réforme Haby. Cotoyais l'Uncal, fis faire grève le 6 mars et manifester le 13. Et encore le 20. Juste avant les vacances de Paques.
Nous fétâmes le 17 avril la "libération de Phnom Penh" par le Grunk... puis celle de Saigon, quinze jours après. Le recul fait frémir. En mai, j'adhérais à Amnesty International.
J'avais un compagnon qui se passionnait d'ésotérisme. Curieux je suivis avec attention ces délires. D'un autre, membre des JC, je me souviens qu'il fut mon plus régulier protagonsite dans les vives discusions politiques que nous pouvions avoir alors.
En guise de révision pour l'oral du bac je passais le week end du 21 juin, avec Marie à la Gayolle. Pour mon plus grand bonheur.
...
J'ai quelques noms et adresses de cette année 75, mais je ne sais plus comment leur attribuer un souvenir, une image, une correspondance neuronale plus consistante. D'Aix sans doute :
Milsky, Voltière, Dominique Lenuz, Pascal Rouillard, Elisabeth Gay, Philippe Grigri, Zidi Heidi, et d'ailleurs Thierry Maeschner (Reims), Olivier Lhoste (Issy), Annick Lepoudère (St Quentin), Brice Durelle (Paris), Elisabeth Grand, Jacques Colom, ....
1975 - Paques - Portsmouth
Du 23 mars au 6 avril 75, je suis parti en stage linguistique en Angleterre. Avec EHH.
Ultime tentative d'expression anglaise avant le bac.
Ma famille d'accueil s'appelait Jupe et habitait 90 Ebery Grove - Copnor - Portsmouth - Hants.
Je ne me souviens ni d'eux, ni de Portsmouth.
J'ai bu beaucoup de Guinness et quelques Double Diamont avec Emmanuel Corret, le "moniteur", notamment à la santé des Khmers Rouges et des Vietminh aux portes de Saigon. Mangé des fish & schips, joué au bowling, flané dans et aux abords d'Hyde Park avec Marie Lise Bideau et Françoise Floch de Douranenez. Elle m'avait prété un livre de Prévert. Il faudrait que je lui rendes. Et Anne Sylvie Paulat (3 février ...), de Chelles. Nous nous sommes réchauffés sur la plage glaciale, nuit et crachin, la veille du départ. Je la revis avec bonheur l'été suivant. Et quelques temps encore.
J'ai gentiment acheté sur le bateau de retour une bouteille de Glen Fiddish pour mon père. Je n'ai pu refusé à l'un de mes compagnons de l'ouvrir pour qu'il y goutte. Il y a trempé les lèvres, j'ai fini le reste. Ma mémoire a définitivement occulté comment je suis parvenu à passer du ferry au train et pourquoi je me suis almors retrouvé assis sur les genous de quelque fille accorte mais que je ne connaissais pas. Mes parents m'attendaient à la gare du Nord et je n'avais pas competement dégrisé.
Je ne crois pas avoir beaucoup amélioré mon anglais.
1975 - juin - Baccalauréat
Il y avait trois élèves dans ma classe de Terminale D qui étaient joués perdant pour le bac. A cent contre un. Dont moi.
Le proviseur avait profité de ma présence au secrétariat pour me lancer quelques jours avant la fin des cours : "Ce n'est pas la peine de venir retirer un dossier pour votre prochaine terminale, je ne vous prendrais pas !"
Mon professeur principal (et d'histoire) m'avait, elle, gratifié d'une observation rare et assassine sur mon dossier : "Cet élève ne doit pas réussir son bac". Règlement de compte indigne de nos quelques altercations idéologiques en cours où je finis par être interdit de paroles puis de présence.
Je révisa faussement mon bac. On ne rattrape pas des années perdues en quelques semaines.
Je renonçais à me présenter à l'épreuve facultative de dessin le 21 mai. Négligence coupable.
Je commençais par l'athlétisme le 27 mai et la natation le 30. Cet effort me valu 12. C'était bien payé pour quelqu'un dont les professeurs de gym des années passées n'avait connu que le nom.
L'écrit qui suivit fut au mieux fastidueux au pire déséspérant.
La matinée du mardi 16 juin s'ouvrit par quatre heures de philo. Je réussis là à avoir 11 en ne citant aucun auteur et en traitant le dossier sous un angle plus scientifique que philosophique.
L'après midi, l'épreuve de physique-chimie fut plutôt une "bonne" surprise. J'eus finalement 8 points là où je craignais pire.
Le 17, l'épreuve de maths fut à la hauteur du désastre attendu. Le problème, irrésolvable. Les exercices, à l'encan. J'étais incapable d'aligner un quelconque début de résolution qui commençait, nécessairement, par un postulat, un théorème ou une équation remarquable dont je ne connaissais, de mémoire, aucun des secrets. Je ne dus mon salut, provisoire, c'est à dire l'absence d'un zéro éliminatoire, qu'à l'artifice d'une anti sèche. Celle-ci me permit de reproduire la formule nécessaire à la résolution du second exercice. Je ne fis pas la suite mais cela m'apporta deux points.
Je terminais l'après midi par les sciences naturelles. Elles me firent défaut. J'aimais et maitrisais cette matière. Mais je tombais en plein sur un sujet de début de programme jamais appris (je n'avais pas fait de premier trimestre) et que notre professeur avait négligé de nous faire réviser tant il lui semblait improbable. Je n'eus que 12 et c'était pour moi très décevant.
J'attendis les résultats avec la fatalité qui accompagne les condamnations annoncées sans recours de grâce possible. A ma seconde épreuve de français, l'an passé, j'avais eu 12 à l'écrit et 14 à l'oral. Mais c'était un bac D c'est à dire maths et sciences en coefficients majeurs. Pas suffissant pour compenser. Surpris, j'eus 8,01 ! C'est à dire assez pour aller me présenter à l'oral et, bien entendu, pas assez pour espérer le bac au final. Tant ces notes n'étaient pas en soit un accident mais bien le reflet de mon niveau scolaire.
...
Le week-end suivant, je pars à La Gayolle, rejoindre Marie. Et il est certain que j'avais d'autres attentions alors que de préparer mon oral à venir !
...
Le 2 juillet, je partis à l'oral avec la résignation de celui qui se doit, au moins, de boire son calice d'amertume jusqu'à la lie. L'ambiance était plus mouvementée que pour l'écrit. Nous attendions nos tours dans les couloirs, nous tous dont les destins n'étaient pas encore fixés et qui allaient dépendre, pour partie, de quelques fortunes incertaines.
Un attroupement se fit. Je compris qu'il s'agissait de la secrétaire du jury auprès de laquelle chacun s'inquiétait de son propre dossier. Je m’approchais. Je me trouvais juste dans son dos, quand elle s'exclama "Mais enfin vous pensez bien que je ne connais que les dossiers vraiment très particuliers". Goguenard, je lui mentionna mon nom à l'oreille, souhaitant qu'il ne lui dise rien. "C'est vous !" me dit-elle en se retournant. "Ben mon vieux, ils ne vous ont pas loupé. Allez, bon courage !".
J'attendais pour l'épreuve de maths. J'étais effondré. Pressé d'en finir. A 14h, je me présentais le premier à l'ouverture de la porte. Je piochais un sujet. Fit la moue. Déclina l'aimable proposition de retenter ma chance. M'installa à ma table. C'était une résolution de fonction. J'ignorais la formule nécessaire. Quelques minutes vides passèrent. Etant le premier de l'après midi, le professeur en attente vint s'enquérir de mon évident blocage. A défaut il me proposa de venir néanmoins tenter cette résolution au tableau. Et nous fîmes l'exercice ensemble. Feuilletant mon dossier scolaire il m'interrogea sur mon trimestre de l'an passé à Arago. Il me demanda le nom de mon professeur. Monsieur Gros. Il sourit. C'était un excellent ami.
Ainsi, le professeur de math qui m'interrogeait à Aix, avait pour meilleur ami le seul professeur qui m'avait mis, juste un an auparavant, à Paris, la meilleure moyenne de maths que je n'avais eu de toutes mes années lycées : 18. Il tenta de comprendre. Je ne me fis pas prier deux fois. J'évoquais ma scolarité hachée, l'absence total de premier trimestre de terminale, mes parents absents. Je m'appuyais en toute mauvaise fois sur la chronologie de mes notes de cette année 4, 6, 8 pour illustrer mes efforts pour remonter la pente. Ma mauvaise fortune d'être justement tombé à l'écrit sur ma partie de programme manquante... Sa perplexité était palpable.
Il tenta de me repêcher. Il me proposa de dessiner au tableau quelques fonctions usuelles.
-"1 sur x, s'il vous plait".
Je traçais avec une lente application abscisse et ordonnée. Et dessinais la courbe.
-"x au carré".
Je fis de même.
-"x au cube".
Je m'appliquais encore.
-"C'est parfait. ! Vous voyez que vous savez des choses !!" s'exclama t-il ravi.
-"Ben, non, je ne les connaissais pas plus que le reste".
-"Impossible, vous avez tout juste...."
-"Ben pendant que je traçais les axes, j'ai rapidement calculé quelques points remarquables et j'en ai déduit aussitôt la courbe" m'excusais-je.
Il resta coi. Sans doute était ce l'une des rares fois de sa vie d'enseignant où un élève venait de réfléchir à ce qu'il faisait plutôt que de restituer fidèlement, mais mécaniquement, son savoir.
Je n'avais aucun génie, juste pris l'habitude de recalculer vite par défaut de connaitre quoi que soit de mémoire, jusqu'à mes tables de multiplication.
Le temps était largement dépassé, l'élève suivant était ravi de bénéficier de plus d'un quart d'heure de réflexion. Il reprit mon dossier. Revit cette note de 2 à l'écrit, et me demanda :
-"Combien vous espériez avoir à l'oral"
-"Un peu plus" répondis-je modestement.
-"Hélas, cela ne vaut pas plus de deux" dit-il désolé.
-"Je comprends"
Aussitôt commencé mon oral, cette première épreuve en signait la fin. J'aurais pu partir. Mais je fais souvent le dos rond face aux difficultés. Je suis resté sur le bateau.
En anglais, j'avais, refusant de passer à coté d'une improbable chance, décidé deux jours avant d'apprendre au moins un texte. Allez, juste un texte quoi ! J'ai lu celui de Martin Luther King "I have a dream". Et sa traduction. En salle le professeur me dit "Vous avez un texte préféré?" Je crains le piège. Je joue le dubitatif. Je la voix prête à choisir pour moi. Je tente. "Peut-être : I have a dream". Mon ton est neutre, censé faire croire que ma maitrise des textes est uniforme. "Bien".
Pendant mon quart d'heure de préparation, je réussis à reconstituer une version qui a défaut d'être littérale en traduisit tout au moins le sens général ! Puis dans le jeu des questions-réponses, l'écart entre mon apparente compréhension à l'écrit et mon hésitation à l'oral passe pour de l'émotion. Je le sens, j'en joue la confirmation. Mon intérêt réel sur le fond du texte se perçoit. Peut-être passe-t-il pour de la bonne volonté. J'obtiens, mais ne le su que plus tard, 12. Inespéré !
En histoire, je piochais "Qu'est ce qui dans l'armistice de la guerre de 14-18 contient les germes de la seconde guerre mondiale ?". J'aimais bien le programme d'histoire. Puisqu'il s'agissait de celle de notre siècle. Mes engagements politiques m'avaient amenés à en approfondir les arcanes. Pour le plaisir. Mon aimable professeur me prévint d'emblée "Pas de date, pas de chiffres, mais des faits et du sens !". J'exultais de bonheur, je ne risquais pas de la décevoir sur ce point.
En géographie, je piochais "La plaine du Pô". A peine savais-je que c'était en Italie ! J'aperçus un bout de carte à moitié recouvert sur la table. D'un mouvement anodin je le déplaçais judicieusement à porté d'un regard en biais. Je n'étais pas encore myope. Pendant ce temps, j'inventais la plaine du "Pô". Elevages ? "Ovins, bovins". Que pouvait-il y avoir d'autres ? Agriculture ? Je me souviens encore de ma réponse. Elle est sortie toute seule, comme reviens le seul le seul vers entier d'un poème dont on a perdu la strophe : "Blé, mais, orge". Cela sonnait bien, comme une rime riche. Etait-ce approprié ? Cela avait l'air de passer. Energie ? Le pétrole et le charbon me semblait improbable et l'hydroélectrique plus appropriée à une plaine quelle qu'elle fut. Banco ! Capitale ? Je percevais sur le nord de la carte, une seule ville symbolisé par un gros carré noir. Je fins par réussir à lire, et donc à répondre, en toute méconnaissance de cause "Milan". Super banco ! Industrie ? Aie ! Ni l'imagination ni la topographie ne m'étaient plus d'aucun secours. Je balbutiais quelque ineptie. Fiat, Ferrari et les autres m'étaient inconnus.
"Mais enfin l'industrie automobile" me dit-elle. "Turin". J'en convins volontiers, comme d'une évidence qu'il n'était pas utile de rappeler. Avec une mauvaise foi terrible.
Enfin elle s'enquit elle aussi un peu plus précisément de mon dossier scolaire. Sa bonne impression était contredite par les notes et commentaires de sa collègue. Nous en discutâmes. Je découvris à quel point le monde enseignant était un petit monde où tous se connaissait, s'appréciait ou... se détestait. Elle détestait ma prof d'histoire. Situé à l'opposé de ses convictions idéologiques, de ses méthodes pédagogiques et sans doute de bien d’autres choses. Et quelqu'un qui avait eu tant maille à partir avec celle-ci ne pouvait être que quelqu'un de bien, doublé du statut d'une injuste victime. Je n'ai pas alors perçu dans cet échange de quelques mots toute la tournure qu'était en train de prendre mon avenir. J'eus 14 en histoire-géo. Là aussi je ne l'appris que plus tard.
Je terminais par la biologie. J'avais eu 12 à l'écrit et personne ne comprenait pourquoi je ne tentais pas de rattraper la physique chimie où je n'avais eu que 8. Or j'étais très content de ce 8 inespéré et déçu par contre de mon 12 accidentel. Ce choix, rare, surpris également le professeur qui m'en demanda la raison. "J'ai eu quinze de moyenne cette année, malgré des conditions difficiles. Je les vaux". Je lui expliquais les raisons de ma note écrite : un exercice intégralement blanc auquel il ne m'était pas possible de répondre. Il m'interrogeât sur la cellule, les mitochondries, l'appareil de Golgi. J'adorais ça ! J'ai bien eu mon finalement mon 15. Et tout ceux qui avait opté pour l'oral de Physique-Chimie ont été terriblement déçu de la sévérité du contrôle.
Je n'eu qu'un jour d'attente. Celui où l'on échafaude, obligé, deux avenirs possibles. Me projeter en fac était d'une présomption que je n'osais pas mettre en œuvre. M'imaginer redoubler ma terminale m'était insupportable. Je ne connaissais pas mes notes d'oral et ne pouvait que me perdre en conjectures. J'essayais de ne penser à rien.
...
Alors que mes pas me rapprochaient du mur sur lequel on était en train d'afficher les résultats, je croisais le professeur de sciences naturelles qui m'avait interrogé. Mon sourire aimable et poli de ma part n'attendait pas de réponse particulière.
-"Alors, vous l'avez eu votre bac, bravo !"
Etonnante familiarité de la part d'un professeur qui ne pouvait retenir l'élève qu'il rencontra, juste un quart d'heure parmi tant d'autres. Erreur sans doute. Mais je ne pus m'empêcher de croire soudain à l'impossible.
-"Et avec mention !".
Là je n'eu plus de doute. Il se trompait d'individu. Et je lui en voulais d'avoir fait battre ce fol espoir.
A l'approche de l'essaim d'abeilles butinant les listes affichées, je reconnu la secrétaire du jury qui s'extirpait de cette foule avide. Elle aussi me reconnu. J'étais incrédule de cette soudaine notoriété.
-"Alors vous l'avez eu votre bac"
- "...!? "
- "Et avec mention...."
J'avais l'impression d'être ailleurs, de me mouvoir dans un univers parallèle, forcement distinct de la réalité. La dure, celle qui fait toujours mal. Je bousculais la foule, vint à la recherche de mon nom, de ma ligne, et du verdict. "Bac, mention AB" ! Mention AB ? Mon cerveau n'arrivait pas à accepter ce que mes yeux lisaient et il lui fallu plusieurs confirmation de leur part pour l'en convaincre. Je rattrapais aussitôt l'aimable secrétaire. Qui d'ailleurs gentiment m'attendait, devinant mon incrédulité.
-"Votre dossier est passé devant le jury. Les professeurs ont unanimement considéré que vous aviez été injustement saqué durant votre terminale et vous ont accordé les quelques centièmes supplémentaires vous permettant d'avoir la mention !".
La mention soit, mais mes calculs ne me permettaient certainement pas d'atteindre 10. Alors presque 12 ... ? Elle se souvint de quelques notes, dont la plus stupéfiantes :
-"Vous avez 11 en maths !" me dit-elle en réponse à ma question.
Onze ! Il m'avait mis onze. Ce professeur que je ne connaissais pas avait fait le pari de me noter sur ce qu'il pensait que j'aurais du être et non sur ce que les circonstances avaient fait de moi. Je ne connais pas son nom, bien sur. Mais je sais que je lui mon bac.
Je ne connais pas non plus le nom de ces autres profs, d'histoire-géo, d'anglais, de sciences, qui tous les trois ont exprimés tant d'attention et d'empathie à mon égard. Mais je leur doit cette mention et une intense satisfaction de fin de scolarité.
Nous étions trois à ne pas devoir avoir le bac cette année là dans ma classe dont moi.
Et nous ne fûmes que trois à avoir une mention, dont moi.
Puérile mais bien agréable satisfaction de pied de nez à une classe dont je n'ai gardé, étonnament au regard de mes reflexes passés, aucun nom, aucune trace, aucune adresse. Cette année de terminale, je l'avais traversé sans la voir. Et presque sans l'avoir.
Avoir ce bac qui finalement ne me servit a rien. Ce n'est pas son obtention qui m'offrit la grâce. Au moins fit-il la satisfaction de mes parents. Et la mienne en conséquence. Heureux de les libérer tout autant que moi de cet incertitude.
Le lendemain 4 juillet, je partais à Paris. Je ne suis jamais revenu à Aix, et je n'ai jamais retiré mon beau diplome.
1975 - juillet - Paris : Plus belle la vie
Aussitôt passé mon bac je suis "monté" à Paris.
En effet où aller ? Je voulais être médecin.
Genre french doctor baroudeur humaniste.
C'est encore Paris que je connaissasi le moins mal.
Paris qui était la ville la plus suceptible de voir passer entre deux voyages, deux séjours, deux jobs, mes parents, mes frères, et tout autre connaissance dispersée.
Paris aussi où je pouvais espérer entrer en fac avec Sylvie qui envisageait la même voie.
Je cherchais tout de suite un job pour gagner un peu de sou pour mes vacances d'août.
Le 7 juillet j'étais embauché au Carré Thorigny comme machiniste. Grace à l'entremise de Michelle Bettler.
C'est un beau nom de métier, machiniste : "Ouvrier qui s'occupe des machines, des changements de décors et des trucages au théâtre." Finalement, je suis resté machiniste toute ma vie. Je change régulièrement les décors et effectue quelques trucages. Avec le temps j'ai même fini par faire de la figuration sur scène puis à jouer les doublures de premier rôle. Bientôt peut-être aurais-je mon propre nom en bas de l'affiche.
Comédiante ! Tragédiante ! Théâtre de la vie.
En fait, j'étais homme à tout faire. Nous préparions les décors en menuiserie pour le festival d'Avignon. J'aimais bien le travail du bois. C'est vivant le bois. J'aimais bien l'ambiance, ouvrière et culturelle. Le bistrot du coin. Le casse dalle partagé. Le vin. J'y ai appris quelques leçons essentielles. Par exemple que l'on ne visse pas les vis : on les clou d'abord. Mais pas à fond, on se garde l'espace de deux tours de vis. Economie d'effort et efficacité. Philosophiquement c'est très important. Il y a plein de gens dans la vie qui s'éreintent à viser et à viser, à suer et pester sur leurs ampoules quand il serait si simple de donner un grand coup de marteau. Il y a plein d'autres gens aussi qui tapent aveuglement, sans discernement, sans limite, quand un simple tour de vis final donnerait à leur œuvre toute l'efficacité qui leur fait défaut. C'est important de ne pas s'en tenir aux apparences premières, aux fausses évidences.
Ce n'était pas tant les representations qui nous occupaient que la construction des décors pour le Festival d'Avignon à venir où devait se produire la troupe de Sylvia Monfort. J'aimais beaucoup ce travail. J'y apprenais, auprès de mes compagnons ouvriers bien plus aguerris, toutes les ficelles de la menuiserie.
Ce mercredi 16 juillet, ma journée finie, je m'engageais sur le boulevard de Sébastopol. En aval du carrefour et de son passage "protégé". Protection plus juridique que factuelle mais qui allait me faire défaut. Je ne sortis de l'hôpital que le 8 août suivant...
Il était 19 heures. Piéton vers son métro. Embouteillage. Voiture à l'arrêt. Feu rouge au lointain. Cap sur la diagonale. Pied sur la chaussée. Trop tardif instant de lucidité : la voiture sur ma gauche n'était pas à l'arrêt mais en pleine accélération. Choc.
J'aime cet instant où l'esprit se détache du corps. Où l'on devient le spectateur éthéré d'une scène violente où l'on joue le premier rôle.
Le spectacle fut de qualité. Je sentis précisément le pare choc frapper la jambe. La jambe s'arrondir au-delà de ses articulations, épouser les chromes. Le corps s'alléger, épouser les tôles. Rouler, heurter, briser, s'envoler, atterrir. Se figer. Silence.
J'aime cet instant, qui suit l'instant qui aurait pu être fatal. Je n'ai pas attendu pour avoir mal. J'ai senti comme une seule vague qui, de toutes les parties de mon corps, affluait vers ma jambe, puis, brisée tel un ressac sur son roc, fut refoulée dans une goulette étroite remontant jusqu'à mon cerveau pour éclater en un geyser de sensations nouvelles et… douloureuses. Puis les pulsations régulières d'une onde émise du cœur de ma jambe, comme d'un caillou tombé sur l'eau calme. Quelques ronds dans l'eau valent mieux que l'eau-delà.
J'étais seul. Sans témoin. Sans secours attentifs. Enfant dans un monde d'adulte. Piéton coupable d'agression caractérisée sur une voiture innocente. J'étais dos au trottoir (dos au mur ?) D'instinct, je m'étais légèrement déplacé pour me caler à l'abri dans le caniveau, portant ma jambe brisée de ma jambe valide. Je ne voyais pas la foule. Je l'entendais manifester sa curiosité : "Est-il mort ?" "Vous avez vu, le sang ?" "Quelqu'un a-t-il appelé une ambulance ?"…
Comment font-ils pour observer ainsi sans agir ? Je sentais un liquide chaud et sirupeux s'écouler le long de mon bras, goûter sur mon visage : mon sang. Les pompiers sont arrivés les premiers, monstrueusement malhabiles : l'un d'eux me souleva la jambe brisée par son extrémité. C'était un vrai gag de comédie : je pris le parti d'en rire. Cela faisait très mal : je ne contins pas mes larmes. Le Samu vint me délivrer de ces gentils barbares. Jusqu'à l'heure de la délivrance anesthésique du lendemain matin, je conserva ce tangage entre rires et larmes.
Le rire c'est une seconde nature chez moi. Très très intérieure et rarement partagée. Qui peut croire que j'aime rire ? Je suis si sérieux d'apparence. Réfléchis, compliqué, pas spontané. Tout de noir vêtu. J'aime rire. J'aime me moquer de moi, du spectacle que je me donne, de l'inanité de toutes choses que je fais mais aussi sourire de le faire malgré cela. Je ne sais pas partager cela.
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Douce initiation au doux amer de l'existence.
La maîtrise de la douleur a depuis longtemps été pour moi une occasion forcée et parfaitement acceptée de maîtrise de soi : chacun de mes accidents les plus significatifs fut une opportunité et vécue comme telle. Cela pris racine lors de mes premiers accidents d'adulte qui me confrontèrent d'abord et surtout à la solitude et donc au fait de ne pouvoir d'abord que compter sur soi.
Le plus ample d'entre eux fut celui-ci. Arrivé seul à l'hôpital, sans que nul proche ne fut à prévenir (j'étais seul à Paris, j'avais récupéré la location de la rue des Lyonnais), je me retrouvais parqué vers 21 heures dans une chambre éteinte en compagnie de deux autres lits occupés par des victimes moins récentes que moi.
Je souffrais. Je tentais d'apprivoisé cette sensation. Je maîtrisais ma respiration.
Je détachais ma pensée de mon corps. Je scindais en deux parties distinctes mon cerveau : d'une part celle du ressenti d'autre part celle de l'observé. Inconscient et conscient. Actes réflexes et actes réfléchis. Chacun chez soi. Je m'observais. J'analysais "froidement" cet élancement dans ma jambe, cette richesse de sensations multiples : là une brûlure, ici des coups sourds, plus loin un déchirement, plus tard des tremblements. Une rythmique régulière s'installait. Cela commençait par une dispersion confuse, puis une perception progressivement plus distincte de chacune de ses sources de sensations puis de leur fusion en un tout puissant qui montait à l'assaut de ma capacité de contrôle, je hoquetais doucement de pleurs jusqu'à être submergé dans un ébranlement tellurique qui libérait l'expression de ma douleur et me secouait d'un violent sanglot trop longtemps contenu. L'instant d'après, j'éclatais sobrement de rire de me voir ainsi le jouet de mon corps. Je reprenais momentanément le contrôle : Cela re-commençait par cette perception d'une dispersion confuse progressivement plus distincte …Une nuit entière ainsi, alternant les sanglots de mon corps et les rires de mon âme.
J'eus l'occasion d'une "pause".
L'histoire est connue, je me suis longtemps délecter de raconter cet épisode à faire frémir les chaumières et à me convaincre moi-même d'avoir eu à supporter cela.
Je sentis très vite une poisse désagréable imprégner mon flanc : je saignais. Suffisamment pour baigner ma literie. Je pressais ma sonnette.
Solitude. J'ai souvent pressé cette sonnette durant trois heures. D'abord parce que je fut inquiété à mon arrivée par les gémissements d'une chambre voisine : une frêle voix, âgée et féminine, chevrotait, suppliante :
"A l'aide, à l'aiiiiide…". Silence.
"A l'aide…". Silence.
"A l'aideeeeeee……!". Silence.
Cela use les nerfs ! L'infirmière vint enfin, longtemps après. Elle m'expliquât que la femme d'a coté tombait régulièrement de son lit et que son impotence (elle était plâtrée) l'empêchait d'y remonter. Elle n'allait pas venir à chaque fois, tout de même ! (Ah bon). J'en profitais pour lui quemender un anti-douleur. Sa promesse ne fut suivie d'aucun effet.
Je résonnais plus tard. Ma douleur toujours plus insupportable, la reprises des appels à l'aide de la chambre voisine, enfin, mon flanc figé dans mon sang (ou mon flanc dans son sang figeant…) m'offrait trois bonnes raisons d'insister. L'infirmière devait en avoir plus encore pour ne pas venir. Je ne la vis que vers 22 heures trente. Dans une situation où chaque minute passée est un calvaire, c'est long. Paradoxalement, je fus rassuré que mon état l'inquiétât, j'allais peut-être bénéficier d'une attention particulière…. Pourtant je ne la revis plus !
Une heure plus tard, une assistante de soin survint. Ayant pris son service depuis 23 heures, elle éteignait progressivement toutes les lumières rouges clignotantes au-dessus des chambres, signes d'autant d'appels à l'aide laissé en suspend par l'équipe précédente. Vint donc mon tour. Son sérieux et son amabilité ne firent qu'un. Réconforté et pris en charge, j'étais une demi-heure plus tard pris en charge en salle de soins. Mon bras gauche était en fait entaillé de trois grandes coupures, résultat de l'éclatement du pare-brise par l'appui brutal de mon coude lors de ma voltige au-dessus du taxi. Que cela put échapper au médecin lors de mon arrivée à l'Hôpital ne sera pas le pire de ce qui arrivât en 24 heures dans cet hôpital. Nous n'étions pourtant pas dans un dispensaire de brousse, mais à l'Hôpital Rothschild dans le XIIe arrondissement de Paris en 1975…
En salle de soins je fus pris en main par un pauvre externe, abandonné à lui-même par les infirmières de garde plus expérimentées que lui, mais qu'il avait visiblement réussit à se mettre à dos et qui venaient de décider de le laisser se débrouiller avec mon cas. Merci !
Il entrepris donc de désinfecter et de recoudre mes plaies avec une incertitude d'autant plus extraordinaire qu'il ne me cachât guère son incompétence. Très gentiment, pour ne pas le vexer, nous entreprîmes à deux les soins nécessaires. Lui, tenant l'aiguille et moi le rassurant le plus possible. En effet, plus il s'inquiétait, plus il tremblait…
Il avançait doucement, enfonçant lentement l'aiguille courbe dans mes chairs, puis celles-ci percées dans ce sens, tentait un nouveau percement de l'autre coté de la plaie pour en ressortir fil et aiguille. La peau se tendait, s'étirait, se déchirait un peu plus à la commissure des plaies, cédait enfin en un soulagement réciproque du médecin et de mes chairs. Je le félicitais et l'encourageais à poursuivre. Il y eut six points comme cela. Il gagnait un peu en dextérité et moi beaucoup en impatience.
Il réussit à faire du dernier point une apothéose. Celui-ci fait, il fut surpris par un petit lambeau sanguinolent coincé dans le repli des lèvres de la cicatrice. Discrètement, il pris sa pince à épiler, pensa résoudre le problème d'un petit geste lapidaire. Il fut surpris autant que moi de mon hurlement. C'était une veinule…Il était très contrit, tétanisé par son incurie, prêt sans doute, soit à s'évanouir, soit à fuir, mais en tout cas à m'abandonner à mon funeste sort. Je l'ai, là encore, gentiment pris en main, réconforté (Putain ! Et moi dont le cœur battait encore la chamade suite à sa torture), je lui ai conseillé de couper les deux points qu'il venait de faire, de réinsérer ce lambeau au fond de la plaie, de recoudre par-dessus, ce qui fut fait. Au moins, cela mit fin à toute hémorragie, et (même si ces cicatrices conservent un "charme" visible et quelques éclats de pare brise à l’intérieur ) je pus respirer à nouveau. Il va de soit que tout ceci ayant été fait sans aucune anesthésie locale, j'eus l'avantage d'oublier complètement les douleurs de ma jambe pendant tout cet épisode. Je retrouvais celles-ci avec ma chambre vers trois heures du matin. Je continuais à pleurer et rire en alternances jusqu'au sourire de mon infirmière qui vint m'inoculer mon anesthésiant vers six heures du matin.
Bienheureuse délivrance.
1975 - septembre - Vincennes
Je m'installe au 60 rue de la Dame Blanche, chez Madame Linke.
La maison en face du bois de Vincennes.
Jeff est heureux !
1975 - Octobre - Fac de Medecine
Je m'inscris en PCEM 1 . Université Paris Descartes - Necker Enfants Malades. Mes cours ont lieu rue des Saints Pères.
Début 76, je rencontre Catherine Gavinet (8 décembre 56).
Et puis aussi Alix Gomez et sa mère Alix Lefevre.
Son futur compagnon, Manu, Emmanuel David
Et Patrick et quelques autres encore.
Je milite beaucoup plus que je ne travaille.
Le vendredi 26 mars 76 je descends en stop à Lyon voir Marie avant de poursuivre sur Aix avec elle. C'est l'époque plus riche de Allo-stop, qui suprime attente et incertitude mais qui contraint à une participation au frais 30F. Nous quittons Lyon le dimanche 28 mars. C'est l'application de la « première » heure d’été en France. Suite au decret d'application paru le 19 septembre 75 ! Nus passons toute la journée sans le savoir avec notre heure de décalage, conforme au décalage dans lequel nous nous trouvons sans doute nous-même.
Olivier était encore à Aix, j’ai donc du dormir chez lui. Revu Jean Paul. Le lendemain Marie est partie à Brignoles, et moi je ne sais plus trop ce que j'ai fait alors jusq'uà mon retoure à Paris le samedi 3 avril.
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Le samedi 24 avril, il y a la célèbre manifestation de soutien aux immigrés contre les foyers Sonacotra. Je suis arrété, et molesté. Blessé au genou droit. Tendon atteind. Relaché à 4h du matin à Joinville le Pont. N'ayant plus aucun genou valide je ne pourrais plus jamais réaliser de genuflexion. Cela ne fera pas trop défaut !
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Le 22 juin je suis à nouveau opéré suite à mon accident de 75 pour me retirer mon clou intra medulaire dans le tibia gauche
1976 - juillet-août - Montevidéo
Je rejoins mes parents à Montevidéo. Pour un grand été en famille.
Je vais y rencontrer Muriel Tiano qui va bouleverser ma vie.
1976 - Octobre - Ultimes sursauts
Je rentre à Paris dans le brouillard J'ai renoncé à poursuivre mes études de médecine dont le niveau m'est par trop inaccessible. Je ne retiens pas la suggestion de bifurquer vers la kiné qui ne me dit rien.
Rien ne me dit rien d'ailleurs. Nous avons évoqué une orientation de paysagiste, une autre de cuisinier. Je n'ose me laisser aller à mon penchant naturel qui eut-été alors de faire les beaux arts. Cela me semble à la fois trop "facile" et je ne me sens pas par ailleurs "talentueux".
Je m'inscris à l'Ipesup pour préparer Sciences Po. Je m'en désinscris dans les huit jours ! Craignant trop de dilapider illégitimement un budget de scolarité hors de proportion avec les efforts que je me sens capable de produire pour ne pas atteindre in fine le niveau indispensable...
Par défaut je m'inscris aux Langues O. Dans une langue improbable. Nous sommes six en cours. c'est l'occassion de repartir à zéro.
Je trouve un trvail dans une société de libre service de gros "Echo", dans le 13ème. Manutentionnaire, 14 heures de travail par jour, je deviens carriste par necessité. Je bosse jour et nuit et j'entends le cliquet de chaque heures supplementaire qui tinte bientôt dans mon porte monnaie. Le 7 décembre, alors que je charge l'ultime carton de plaque de chocolat sur un linéaire de 20 metre de long et près de 3 de haut. celui-ci, soudain, ploie sous la charge. Se tord, explose. Je n'ai que 2 metres de recul...Chargés de deux tonnes de produits, les étagères et montants métalliques se disloquent, et s'abattent sur moi. Genoux à terre je sais que ma vie, alors, va s'arreter là. Et ben non ! Silence. J'ouvre les yeux. J'ai supporté le mitraillage des paquets et la tole, déchirée en deux, git de part et d'autre de moi. Seule ma chemise, coupé tout le long du dos par un "rasoir" témoigne que cela est passé à un cheveu. Je découvre que je ne suis pas déclaré. Je quitte ce boulot dans l'heure qui suit.
Antonio Chiappano dit Nino, m'embauche trois semaines comme précepteur de son fils Guido. Nous partons ensemble quelques jours à Berlin Est pour l'accompagner dans une mission. Ce trvail est un vrai cadeau.
Nous nous installoons provisoirement, Olivier et moi, chez Alix, passage du Chantier (12°), avant de trouver notre appartement définitif en octobre, rue Pétion (11°).
Les 20 et 21 novembre je me rends au congrès d'Amnesty Intenational à Dijon.
Le 19 décembre Jérome et Muriel arrivent de Montévidéo.
Les 22 et 23 nous descendons tous à La Courcelle
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En janvier 77 je constate que, déjà, je décroche par rapport à mes petits camarades plus motivé. Se présente à moi une offre d'emploi à plein temps.
En février, je franchis le rubicond. Je cesse définitivement mes études.
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Premier soir de ce premier jour de travail. Pour la première fois de ma vie, il me semble ressentir une liberté jamais éprouvée jusqu'alors.
Nul n'attends rien de moi. Ma journée faite, parfaitement faite, je n'ai rien d'autre à faire que de ne rien faire si je ne veux rien faire ou faire ce que je veux si par extraordinaire j'avais enfin, grace à cet état, envie de faire quelque chose.
Tout ce sentiment de culbabilité qui alourdissait mes épaules depuis tant d'années s'effondre à mes pieds. Je me sens léger.
J'ai vingt ans. Je suis seul. Je suis bien. J'ai ma chambre. Mon travail. Ma paye. Mon droit. Ma liberté. Mon bien-être.
Pour quelques jours encore...
